juliendemangeat

Accatone
  • Ville : Bruxelles
  • Membre depuis le 26/08/2008
  • Nombre de critiques : 60

Utilisateur qui me suit de l'utilisateur Accatone

Publié le 3 mai 2012
Moins qu’un film Shame est une pénible démonstration de savoir-faire. Sa proposition esthétique tourne rapidement à vide tant elle ne sert jamais son propos, ne cessant de l’édulcorer avec des images chic et une musique omniprésente (le suicide sur fond musical, on croit rêver…). D’un sujet dur et exigeant il tire un objet précieux qui ne se confronte jamais à son sujet mais reste en surface. Les scènes les plus réussies sont les scènes d’atmosphère, qui situent le film dans sa dimension plus esthétisante qu’esthétique. Mais dès qu’il cherche à percer cette sphère, on se retrouve dans l’arbitraire car Mc Queen ne semble pas savoir quelle direction donner à ses personnages. Leur nature et leur identité restent superficielles et grossièrement dessinées. On voit Brandon pleurer au concert, il est donc humain. Bravo quel scoop, mais encore. Il est méchant avec sa sœur, animal en amour et foncièrement égoiste, indifférent aux sentiments. Tous ces traits de caractère ne sont qu’accumulation mais ne font pas un personnage. Sur le plan moral on est aussi dans l’amalgame, il serait une mauvaise personne (ou pire malade) car obsédé sexuel. Merci pour la belle leçon de puritanisme (sûrement involontaire car cette obsession fleure bon la métaphore). Dans une des scènes finales notre anti-héro au visage toujours aussi vide d’expression tombe à genoux et s’apitoie sur lui-même... Cette scène au pathos évident atteste de la vanité de cette entreprise moralement plate et artistiquement douteuse.

Publié le 26 avril 2012
Ce qui frappe d’emblée dans Twixt c’est sa sidérante beauté. L’esthétique est chez Coppola, plus que chez tout autre, le point central de la mise en scène revendiquant ainsi un certain classicisme. C’est ce souci esthétique qui domine le film plutôt que l’intrigue, les personnages ou un sens caché quelconque (même si VB nous rappelle qu’il y a une tragédie personnelle derrière tout ça). Tout est d’ailleurs d’une extrême clarté ici et le film se joue étrangement au présent, sans attente véritable, puisque c’est la fascination visuelle qui nous tient en aleine de bout en bout. C’est même avec une dilettante certaine que Coppola mène son film, se jouant de toute progression narrative tant celle-ci serait de trop dans un écrin d’une telle beauté. Ainsi on navigue entre rêve et réalité, roman et histoire personnelle, passé et présent avec une facilité qui enlève tout esprit de sérieux et qui fait cependant cohérence. Car dans les scènes ultimes tous ces points de vue seront mélangés jusqu’à nous faire accepter une réalité finalement aussi sordide qu’anodine. Cette fin qui frise le pastiche sera le point d’orgue de cette mise en abîme qui tend tout le film : il faut une fin en béton (l’expression Bullet proof étant plus drôle) demande l’éditeur, une fin n’est qu’une triste nécessité répond Coppola qui nous livre comme un pied de nez la fin la plus triviale qu’on puisse imaginer.

Publié le 22 mars 2012
Chronique d’une journée très particulière en même temps que le portrait au plus près d’un homme qui ne trouve plus de raisons de vivre, Oslo… nous saisit autant par le naturel confondant avec lequel Anders Lie fait corps avec son personnage que par sa sincérité formelle. Ne forçant jamais le trait d’un genre particulier (ni trop réaliste, ni trop écrit, ni trop « épidermique ») le film trouve rapidement son rythme, sa respiration propre. Très libre dans sa narration puisqu’il s’agit de suivre le protagoniste au gré de ses humeurs, il n’est jamais amer mais suit la pente lucide d’une dépression irrémédiable. Encore un très beau film (après Gogo tales et la folie Almayer) proposé par le Galeries Cinéma.

Publié le 19 mars 2012
Dans un style romanesque Akerman signe un film épuré, d’une grande sobriété. Minimaliste de prime abord, il renferme en fait un drame intense, celui d’une vie ratée car non voulue et qui se résumera à un long cheminement vers la folie. Ce style littéraire vient de sa capacité à sonder les âmes, à capter le mouvement intérieur des êtres. Elle y arrive par une économie de geste et par une surexposition des décors. Ceci grâce à une approche très sensitive, notamment par une bande sonore très présente. Les personnages y apparaissent isolés et fébriles, d’une transparence qui nous permet de lire à l’intérieur d’eux-mêmes. Cela pourrait donner un drame intimiste et torturé mais paradoxalement sa dimension littéraire en fait un film ample, d’une beauté tranquille et souveraine.

Publié le 12 mars 2012
Nichols poursuit le questionnement engagé par LVT et Malick : cette menace qui nous enserre est-elle réelle ou subjective? C’est un sujet en or pour le cinéma tant celui-ci s’est toujours donné pour mission d’être un révélateur de vérité cachée que lui seul peut donner à voir. L’évolution de Curtis est sur ce plan remarquable, tant il fait preuve de lucidité au milieu d’une indifférence générale, tout en sombrant peu à peu dans la folie. Folie définie ici comme purement arbitraire, un écart par rapport à la norme qui est de penser que tout est dans l’ordre (tout le monde est étrangement serein). Pour ses congénères, la conscience des choses se limite à un sens aigu de la réalité (elle est donc superficielle) dans une forme de résignation (on admet que les temps sont durs). Ce qui est évidemment en totale contradiction avec les visions de Curtis, que l’on peut légitimement extrapoler comme une vision sur l’état du monde. Quant aux qualités de mise en scène, l’entrelacement du quotidien (l’autre sujet du film, la force des liens familiaux), de représentations fantastiques et d’une mise en contexte (celui de l’Amérique sonnée par la crise) fonctionnent parfaitement. Ces superpositions de point de vue concourent à donner au propos toute son ambigüité quant à la réalité de ces phénomènes et à leur interprétation. En même temps ils ont acquis une telle force de persuasion pour le spectateur qu’ils ne peuvent être définitivement oubliés, c’est ce que la fin semble signifier. C’est toute la force du film, sa puissance symbolique.

Suivez Cinebel