Scissorhandz

Scissorhands
  • Ville : Liège
  • Membre depuis le 26/08/2006
  • Nombre de critiques : 29
Publié le 11 février 2004
'Le dernier samurai' est un de ces gros mélos exotico-historiques bien puants dont Hollywood a le secret. Comme dans 'Danse avec les loups' ou 'Lawrence d'Arabie', la culture de l'autre ne vaut évidemment d'être perçue qu'à travers les yeux d'un Occidental héroïque et rebelle qui se prend d'affection pour l'indigène. Dans le cas présent, un Occidental héroïque et rebelle qui parle couramment le japonais après deux semaines (sans Assimil !) et en remontre au plus vaillant des guerriers nippons en matière de philosophie samuraï et de manipulation de sabre... Mouais... Scénaristiquement, aucune ficelle, aussi énorme soit-elle, ne nous est épargnée dans ce film écrit pour (et par ?) le public des projections-tests : un passé traumatisant revécu à coups de flash-backs, une amourette, des larmes d'enfants, de beaux paysages, de beaux costumes, une bataille épique, de nobles sentiments, des méchants sans subtilité, un héros indestructible filmé au ralenti sur une musique martiale de Hans Zimmer... Le pompon : un script qui parvient à faire passer le code d'honneur samuraï (dont le degré d'application dans la réalité est largement surestimé à mon avis (soyons réaliste) mais pas inintéressant en théorie) pour un traité de crétinerie appliquée. Un produit archi-calibré et néanmoins insupportable de prétention.

Publié le 6 février 2004
RRRrrrr!!! est en train de se faire joliment massacrer par un peu tout le monde. C'est très injuste : sans atteindre les sommets conquis en leur temps par les Monty Python (on en reste même assez loin), le film de Chabat et des Robin des Bois tutoie l'excellence à plusieurs reprises. Sans doute souffre-t-il d'avoir été vendu comme la comédie familiale et grand public qu'il n'est pas... L'humour étant une affaire de goût, seuls les amateurs de situations absurdes poussées à l'extrême, d'anachronismes crétins et de jeux de mots foireux ont une chance de se régaler. Les autres passeront leur chemin.

Publié le 19 novembre 2003
Par ses partis pris esthétiques (travellings très lents et très longs, bande-son comme étouffée, narration impressionniste...), Van Sant prend le risque d'ennuyer. D'autant plus que certaines ficelles ici tirées menacent tout doucement à devenir de véritables tartes à la crème auteuristes (la même scène vue sous différents angles à différents moments, boaaarf). Un certain engourdissement s'abat donc sur le film : tout semble un peu éthéré, flottant, inconséquent... En même temps, et c'est en y réfléchissant après coup que ça m'est apparu, ces partis pris n'ont sans doute rien de gratuits. Les interminables allers-retours dans les couloirs de l'école, par exemple : on n'a jamais eu autant l'impression, à la fin d'un film, de connaître intimement la scène du drame. Ce qui contribue à donner une dimension étrangement familière au carnage final. A propos de carnage, dommage qu'Elephant ne consacre pas plus de temps et de place au quotidien des deux tueurs. Les scènes où ils apparaissent sont de loin les plus troublantes, les plus ambiguës et donc les plus intéressantes. J'ai le sentiment que le film tout entier aurait pu être construit autour d'eux. Il a été reproché à Van Sant de ne donner aucune explication à leur geste : à quoi bon ? Ce laconisme est au contraire la grande qualité du film. Les jeux de tir, la culture des armes, la fascination pour le nazisme (évoquée mais atténuée : c'est à peine s'ils savent qui est Hitler), le milieu familial, en soi, n'expliquent rien. Nous évoluons dans une jungle sociale où la brimade est une façon de s'affirmer et le conformisme une forme raffinée de sauvagerie : le mystère ne réside pas tant dans le passage à l'acte que dans le caractère exceptionnel de celui-ci (qui n'en reste pas moins tragique, le film ayant le bon goût de ne pas céder à la facilité qui aurait consisté à peindre sous un jour ignoble l'une ou l'autre des victimes, qui ont ici toute notre sympathie). Terminons par un petit comparatif avec les autres films récents traitant peu ou prou du même sujet (le rapport à la violence d'une adolescence plus ou moins paumée) : 'Bowling for Columbine' est à voir absolument mais adopte une démarche totalement différente (néanmoins complémentaire) en organisant un déluge de questions et en courant dix lièvres à la fois ; 'Ken Park' était infiniment plus mauvais (que ceux qui n'ont pas aimé 'Elephant' me fassent confiance...), le réalisateur se contentant de vaporiser un vernis hyper-réaliste sur des scènes qui avaient pour seule finalité d'épater le bourgeois ; par contre, le trop peu vu 'The Rules of Attraction' (d'après le grand Brett Easton Ellis), moins réaliste, plus stylisé, plus déstructuré, plus 'foufou' m'a semblé proposer l'approche la plus juste et la plus provocante.

Publié le 29 août 2003
Film en tout point inégal, Sleepers se scinde en trois parties diversement digestes. Premier volet du triptyque : une évocation nuancée du New York de la fin des années 60, assez proche des premières minutes du Goodfellas de Scorsese, croquant au gré des quatre cent coups d'une petite bande de gamins turbulents la vie du quartier populaire de Hell's Kitchen, esquissant avec justesse les relations avec le père Bobby (une ancienne petite frappe, interprétée par De Niro), les parents qui se tapent dessus sans songer une seconde à la séparation (le mariage, c'est sacré), les parties de base-ball et de basket de rue, les premiers petits boulots pour la maffia, la bronzette sur les terrasses d'immeubles... Insouciance et gravité s'entrelacent habilement, aux blagues infantiles répond une violence étouffée mais bien réelle (scènes de coups derrière les portes, coups de feu résonnant hors champ, corrections familiales se terminant sur un lit d'hôpital). Jusqu'au jour où la bonne blague (les quatre amis volent à un vendeur de hot-dog son attirail roulant...) vire à l'accident gore (...qui, lâché par mégarde dans une bouche de métro, dévale l'escalier et écrabouille un usager contre le mur carrelé de la station). Narration assez libre, chromos ensoleillés, détails savoureux : au bout d'une demi-heure, le film a atteint son pic. Avant de piquer du nez... Bloc temporel suivant : le séjour à la maison de correction de Wilkinson, cauchemar éveillé qui plonge nos jeunes héros dans un univers impitoyable, où les humiliations (manger la purée à même le sol) se muent très vite en sévices sexuels, dispensés à la chaîne par un quatuor de matons pervers emmenés par un Kevin Bacon plus antipathique que jamais. Pour aborder ce sujet délicat (variante pédophile du viol en milieu carcéral), Levinson ne trouve rien de mieux que de surstyliser. Noir et blanc, distorsions de la bande son, travellings heurtés le long de souterrains glauques, on en passe et des pires : le réalisateur manie sa caméra comme une truelle, empile les métaphores bateaux sur un lit de clichés. On n'aime pas beaucoup enfiler le costume de conscience morale à qui on ne la fait pas, mais on s'interroge sincèrement : qu'est-ce qui pousse un cinéaste à se coltiner une problématique aussi casse-gueule s'il n'a strictement rien à dire sur la question ? Vient enfin un long épilogue appartenant au genre périlleux du film de procès. Le hasard a placé l'ex-gardien chef sur la route de deux de ses anciennes victimes, qui le butent de sang-froid. Entamée, la vengeance se poursuivra dans (et hors) des prétoires : l'un des quatre amis, devenu avocat, met au point un plan 'diabolique' qui, hélas, ne tient absolument pas la route puisqu'il se fonde sur un a priori d'une naïveté ou d'une débilité confondantes : en Amérique, un témoin qui jure sur la Bible ne ment jamais (!!!!). Ainsi, lorsque l'on demande à un ancien gardien, venu en simple témoin, si des viols étaient commis à Wilkinson, celui-ci craque d'une seule pièce et se met à pleurnicher : c'est quasiment dans la seconde qu'il passe aux aveux ! Détail horripilant qui brise net la mécanique d'un scénario qui avait semblé jusque-là correctement troussé. En conclusion : un portrait désespérant du genre humain, une oeuvre informe et boursouflée, avec ses bons moments, ses mauvaises idées et ses tentations démagogiques, un thriller qui tient un moment en haleine mais qui, au final, éprouve les pires difficultés à retomber sur ses pattes.

Publié le 29 août 2003
Un sexy-thriller qui se veut (et se croit) très malin mais qui, malheureusement, joue moins avec nos nerfs qu'avec nos pieds - on dénombre pas moins de cinq retournements complets de situation, de plus en plus tirés par les cheveux. La justesse psychologique, la vraisemblance, le respect de l'intelligence du spectateur sont sacrifiés sur l'autel tout hollywoodien du sacro-saint coup de théâtre. Un film qui parvient tout juste à susciter chez le spectateur un étonnement pavlovien (ah... c'était donc çà... elle... lui... eux...) tout juste agrémenté d'une ou deux érections molles.

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