De l'autre côté de la mer, l'amour. Derrière le drame sociétal, Philippe Lioret a mis du cœur et beaucoup d'amour
Bilal, 17 ans, vient de parcourir 4.000 kilomètres à pied, fuyant le Kurdistan irakien. Son long périple s'achève là, sur un bout de plage, à Calais. À quelques kilomètres, seulement, des côtes anglaises. Il est prêt à tout pour traverser car, de l'autre côté de la mer, il y a l'amour. Après avoir échoué à s'y rendre caché dans un camion, il décide de se lancer à la nage et prend des cours à la piscine municipale.
Sur le bord du grand bassin, il fait la rencontre de Simon, maître-nageur à la dérive depuis que sa femme, Marion, a décidé de s'en aller. Lui l'aime encore, et c'est un peu pour la reconquérir - elle la militante, la bénévole auprès des réfugiés - qu'il apprend à Bilal à nager. Au fil du temps, Simon s'implique d'avantage dans la vie du jeune garçon et se prend, pour lui, d'une amitié quasi paternelle.
Trois ans après avoir magistralement adapté le roman Je vais bien, ne t'en fais pas , d'Olivier Adam, Philippe Lioret revient avec, cette fois, un scénario original des plus touchants. Brossée à petites touches, la toile de fond qu'il peint pour planter son décor est d'une incroyable richesse d'émotions et de sentiments.
Ici, rien n'est dit, tout est suggéré. L'amour est filmé avec pudeur, l'amitié aussi, et cela en décuple l'ampleur.
Discrète, la caméra du réalisateur ne manque pourtant aucun battement de cil et suit au plus près chacun des protagonistes.
Et lesquels... Tous, de Firat Ayverdi à Vincent Lindon, d'Audrey Dana à Olivier Rabourdin (magnifique lieutenant de police) et Derya Ayverdi, jouent juste et font oublier que l'on est ici au cinéma et pas dans un documentaire.
Il y a d'ailleurs, parfois, un peu de cela dans le film de Lioret : le centre où sont rassemblés et marqués les étrangers en situation irrégulière aurait pu être au cœur d'un sujet d'Envoyé Spécial .
Sauf qu'ici, il y a un peu plus. Une histoire d'amour, et même deux. Des hommes et des femmes qui s'impliquent, qui disent leur colère, qui ne veulent pas de cette France-là, qui condamne celles et ceux qui n'aspirent qu'à un peu plus de dignité dans le traitement des êtres humains.
En ouvrant son film par une longue introduction de plus d'un quart d'heure, étouffante, sous les bâches des camions, en refusant de faire apparaître un visage connu - celui de Lindon - après trois pages de scénario, Philippe Lioret montre une autre forme de courage : celle qui veut que l'on ne cède pas aux lois du box-office. Dans son esprit, il n'a jamais été question de faire entrer le public d'une autre manière dans son film. Respect. Encore une fois.
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