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Le Silence de Lorna

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Le film vu par Patrick Laurent - -
Prix du scénario à Cannes. Arta Dobroshi, la nouvelle trouvaille des frères Dardenne

Pour quitter l’Albanie et vivre enfin libre en Europe occidentale, Lorna a accepté plus que des compromis avec ses principes et la morale. Contre une grosse somme d’argent, elle a épousé Claudy, un junky liégeois. Puis s’est associée avec Fabio, un mafioso, pour se débarrasser de son époux dès qu’elle aura la nationalité belge. Alors, elle pourra contracter un autre mariage blanc, avec un Russe, afin de payer sa dette. Ensuite, seulement, elle sera libre de partager les jours de son grand amour, Sokol, un travailleur clandestin toujours sur les routes pour gagner quelques euros.

Une stratégie froide, implacable, mise àmal par un tout petit grain de sable. Un sursaut de conscience. Pour Lorna, Claudy est décidé à changer. Et résiste, pour la première fois, à l’appel des paradis artificiels. Un effort qui la touche. Et qui l’amène à passer une nuit avec lui. Difficile, après ça, de suivre le plan à la lettre. Mais pour ses complices, les enjeux sont trop grands. Et la grossesse de Lorna n’y change rien.

Les frères Dardenne reprennent en partie le sujet de La promesse, le film qui a révélé Jérémie Renier (il incarne ici…Claudy), mais le développent pour en faire un thème plus universel. En évitant le simplisme ou l’angélisme, ils poussent à réfléchir sur un vrai sujet de société aux conséquences humaines dramatiques, l’immigration clandestine. Leur caméra, plus posée, contribue à une certaine prise de distance, une analyse moins émotionnelle.

Oeuvre de la maturité, Le silence de Lorna ne s’assimile pas plus que les autres films des frangins à du divertissement. L’humour y est absent. Mais pas la fascination. Due, en partie, à l’incroyable prestation d’Arta Dobroshi, jeune Kosovare d’un naturel et d’une intensité dramatique inouïs. Impossible de rester de marbre devant les contradictions tellement humaines de cette femme en quête d’une vie meilleure.

Lors du dernier Festival de Cannes, toute la presse internationale lui prédisait le prix d’interprétation. Il lui a échappé. Mais les frères Dardenne sont repartis avec un prix du scénario pour leur sens de la nuance. Et c’est amplement mérité. Les cinéphiles sont prévenus : voilà encore un film belge à ne pas rater.
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