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Les mésaventures de Tintin en Amérique

Publié le 20 octobre 2011 dans Actu ciné

Spielberg a mis trente ans pour porter à l’écran le héros d’Hergé.
"Depuis la lecture de mon tout premier album, Tintin vit dans mon coeur et dans mes pensées. J’ai toujours eu l’impression de le connaître, et quelque part, j’ai toujours su que nous serions un jour amenés à partager quelque chose, lui et moi, d’une manière ou d’une autre, et à entreprendre ensemble un merveilleux voyage." Cette déclaration de Steven Spielberg, en préambule du dossier de presse de "Les aventures de Tintin : Le Secret de Licorne", résume l’étonnant périple artistique d’un film maintes fois annoncé et si longtemps différé.

Tout commence à l’été 1981. Steven Spielberg assure en Europe la promotion des "Aventuriers de l’Arche perdue", le premier film mettant en scène Indiana Jones. Des journalistes lui font part de la similitude entre son archéologue globe trotter et le reporter créé par Hergé. Le réalisateur est intrigué : comment une œuvre qu’il n’a pas lue peut-elle à ce point être proche de son film ? Il se procure l’intégralité des albums de Tintin en français. Et tombe sous leur charme.

En novembre 1982, Katheleen Kennedy, qui a cofondé avec Spielberg la maison de production Amblin Entertainment, contacte les éditions Casterman. Les droits d’adaptation de Tintin sont-ils libres ? Hergé est agréablement surpris : il aime les films de Spielberg, notamment "Duel". Rendez-vous est pris à Los Angeles en janvier 1983. Hergé, très affecté par la leucémie qui l’emportera quelques mois plus tard, ne peut s’y rendre. Il mandate son secrétaire particulier Alain Baran, Pierre Servais, représentant de Casterman, et l’assistant de ce dernier, Ivan Noerdinger. Spielberg, Kathleen Kennedy et Melissa Mathison, scénariste de "E.T." (et compagne d’Harrison Ford), les reçoivent. Selon les souvenirs d’Alain Baran, maintes fois évoqués depuis, Spielberg pense d’emblée à produire trois "Tintin". Il compte réaliser le premier et envisage de confier le second à son ami François Truffaut. Fin février, Hergé reçoit une proposition d’Amblin. Alain Baran s’inquiète : les Américains demandent, selon la pratique hollywoodienne, qu’Hergé renonce à son droit moral sur l’adaptation. En clair : laisser Spielberg libre de changer ce qu’il désire. Contre toute attente, Hergé est prêt à se plier à la condition. "Spielberg est un créateur de génie. Laissons-le faire son film" justifie-t-il en substance. Le dessinateur invite le réalisateur à Bruxelles pour finaliser l’accord. Rendez-vous est fixé en avril 1983. Mais le 3 mars, Hergé meurt à l’âge de 76 ans. Spielberg maintient pourtant sa venue. Il est reçu par Fanny Remi à son domicile. La rencontre se passe bien. Spielberg visite même les Studios Hergé, où il consulte quelques archives du maître.

Un an plus tard, en février 1984, le contrat est signé à New York, en secret. Melissa Mathison travaille sur une intrigue originale, qui puise des éléments dans divers albums. Tintin serait au prise avec des trafiquants d’ivoire en Afrique. Spielberg pense confier le rôle du reporter à Henry Thomas, qui interprétait le petit Eliott dans "E.T. l’extraterrestre". En juin, en tournée européenne pour le deuxième volet des aventures d’Indiana Jones, Spielberg mange le morceau lors d’une conférence de presse : "Je prépare une adaptation de Tintin". Emoi dans la presse franco-belge. Mais le temps passe et aucun scénario satisfaisant n’émerge. Spielberg rebondit sur d’autres projets. Il envisage de confier la réalisation de Tintin à Roman Polanski. Puis, en 1990, son option sur les droits expire.

Commence une décennie de projets avortés ou morts-nés. Le producteur français Claude Berri prend à son tour une option sur les droits d’adaptation. Mais Tintin trotte toujours dans la tête de Spielberg. En 2002, la première relance est faite auprès de Moulinsart, qui gère les droits liés à l’oeuvre d’Hergé. Spielberg envisage désormais de recourir aux images de synthèse pour donner vie à Milou. A cette fin, il contacte Peter Jackson, dont Weta Digital, la société d’effets spéciaux, a fait des merveilles sur la trilogie du "Seigneur des Anneaux". Jackson réalise pour Spielberg une petite séquence avec un Milou en images de synthèse, tandis que lui-même incarne le capitaine Haddock. Spielberg apprend ainsi que le Néo-Zélandais est fan de Tintin. Mieux : Jackson est prêt à s’investir dans l’adaptation. Il persuade bientôt Spielberg de réaliser tout le film en motion capture, procédé où des acteurs sont remplacés par des avatars virtuels. En mai 2007; l’annonce officielle du projet tombe, en plein Festival de Cannes.

Un dernier rebondissement a lieu en septembre 2008. Universal, producteur du film, se retire du projet à un mois du début du tournage. Le budget estimé de 130 millions de dollars est jugé trop élevé pour un film centré sur une bande dessinée méconnue aux Etats-Unis. Mais il ne faut qu’une semaine à Spielberg et Jackson pour convaincre Paramount et Sony de monter à bord de la Licorne. Le tournage avec les acteurs débute le 26 janvier 2009. Il ne dure qu’à peine un mois ! Deux ans et demi de postproduction et d’effets spéciaux sont ensuite nécessaires pour traduire à l’écran la rencontre entre la vision d’Hergé et celle du tandem Spielberg-Jackson. En juillet dernier, Spielberg entamait la promotion de "son" Tintin. Trente ans après en avoir entendu parler pour la première fois, dans les mêmes circonstances...


Alain Lorfèvre

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